par Natasha Grom Jerina
Des représentants de 24 pays se sont réunis dans la ville norvégienne de Lillehammer du 18 au 20 septembre à l’occasion de la cinquième Conférence paneuropéenne de la FIVA sur l’histoire automobile. Cet événement a rassemblé des historiens, des chercheurs, des experts et des passionnés de renommée internationale pour explorer les multiples facettes du patrimoine automobile.
Organisée par la Fédération Internationale des Véhicules Anciens (FIVA) en partenariat avec la Fédération norvégienne des véhicules historiques (LMK), Autorité nationale de la FIVA en Norvège, la conférence s’est tenue au Musée norvégien des routes. Plus de 70 participants ont assisté à cette rencontre de trois jours, qui associait recherche, échanges et découvertes dans un cadre étroitement lié à l’histoire des transports en Norvège.
L’histoire automobile au sens large
Animé par Steve Berry, ancien présentateur de Top Gear, le programme réunissait 14 historiens de l’automobile de renommée internationale.

Le programme international réunissait Mark Webster, qui a présenté la construction automobile en Aotearoa–Nouvelle-Zélande ; Christoph Ditzler, qui a retracé l’histoire de la Hildebrand & Wolfmüller ; Howard Kroplick, qui a évoqué les courses de la Coupe Vanderbilt ; Klaus Preuschhof, qui a étudié le développement et l’importance historique de la traction avant ; et le Dr Stefan Dierkes, qui a présenté la voiture électrique de série Amectran Exar-1 de 1979.
Göran Flank a fait découvrir l’histoire méconnue de l’usine suédoise Vulcan Daimler, tandis qu’Asbjørn Rolseth a abordé l’assemblage de véhicules en kits complets (CKD) et la production automobile en Norvège. Michael Deichmann a présenté l’histoire de l’automobile Hammel de 1886, et Rein Veldi a étudié les plaques et les systèmes d’immatriculation des véhicules en Estonie et dans l’ensemble de la région baltique.

Les professeurs Evangelos Christou et Ioanna Simeli ont exploré la nostalgie, les événements consacrés aux véhicules historiques et le tourisme patrimonial. Stephen Wilkinson est revenu sur toute une vie d’engagement au sein du mouvement des véhicules historiques, Trine Kanter Zervekh a présenté les Routes touristiques nationales de Norvège comme une alliance entre infrastructures, paysages et patrimoine culturel, et Patrick Fridenson a examiné la position de Louis Renault après la défaite de la France en 1940.
Malgré la diversité des sujets abordés, toutes les présentations poursuivaient un objectif commun : préserver les connaissances, encourager de nouvelles recherches et renforcer la coopération entre tous ceux qui œuvrent en faveur de l’histoire automobile.
En mémoire de Thomas Ulrich et d’Anders Ditlev Clausager
La conférence a rendu hommage à ses pères fondateurs, Anders Ditlev Clausager et Thomas Ulrich, dont la vision commune a conduit à la création de la Conférence paneuropéenne sur l’histoire automobile en 2016.

Anders était décédé après la précédente conférence, organisée à Wolfsburg en 2024, la dernière édition qu’il avait personnellement animée. Thomas, gravement malade, n’avait pas pu rejoindre les participants en Norvège. Pendant la conférence, ni les organisateurs ni les participants ne savaient toutefois qu’il s’était éteint le samedi 19 septembre. Cette nouvelle profondément triste ne leur est parvenue qu’après la clôture de la conférence.
Les deux pères fondateurs nous ont désormais quittés, mais leur mission se poursuit.
Nataša Grom Jerina, vice-présidente principale de la FIVA chargée des affaires internes, a pris la responsabilité d’assurer l’avenir de la conférence et s’est personnellement engagée auprès d’Anders et de Thomas à la faire vivre d’une manière qui les rendrait fiers, en préservant son concept initial, ses valeurs et son esprit.
Au cœur de leur vision se trouvait un cadre ouvert, convivial et presque familial, dans lequel chacun était accueilli et respecté sur un pied d’égalité. La conférence a été conçue comme un pont entre chercheurs professionnels, chercheurs indépendants, historiens amateurs et passionnés, avec la conviction que chacun possède des connaissances et une expérience précieuses à partager et que tous peuvent apprendre les uns des autres.

« Nous ne pouvons bâtir l’avenir que si nous respectons et préservons le passé. Leur idée, leur travail et leur esprit restent présents dans chaque présentation, chaque discussion, chaque nouveau lien et chaque amitié nouée grâce à cette conférence. Je leur ai promis de protéger son esprit originel et de faire vivre leur rêve », a déclaré Nataša Grom Jerina.
Thomas Ulrich était un spécialiste reconnu des petites voitures, des cyclecars et des premières courses automobiles, notamment des épreuves Gordon Bennett et de Paris–Madrid. Il siégeait au conseil d’administration de l’Automobilhistorische Gesellschaft (AHG) et était membre de la Society of Automotive Historians in Britain (SAHB).
En tant qu’auteur et chercheur, il avait révisé Paris–Madrid, l’ouvrage écrit par son défunt frère Michael Ulrich, contribué à Auto und Karosserie, publié sous la direction d’Erik Eckermann, et écrit pour Oldtimer Markt. Il nous manquera profondément, mais son savoir, sa vision et son engagement resteront durablement ancrés dans la conférence qu’il a contribué à créer.
Des connaissances pour les générations futures
Pour Alberto Scuro, président de la FIVA, la conférence a démontré l’importance de réunir les connaissances accumulées au sein de la communauté internationale des véhicules historiques.
« La Conférence paneuropéenne en Norvège a été une expérience magnifique et un moment d’une grande valeur pour l’ensemble de la communauté FIVA. Voir réunis des représentants de 24 pays différents, unis par la même passion et par le désir de partager leurs expériences, leur expertise et leurs connaissances, était particulièrement marquant. »
Il a également souligné que la communauté mondiale des véhicules historiques détient une richesse extraordinaire de connaissances spécialisées. Ces connaissances doivent non seulement être partagées, mais aussi préservées et transmises à celles et ceux qui poursuivront ce travail à l’avenir.
La diversité du programme a montré que le patrimoine automobile va bien au-delà de l’histoire des véhicules eux-mêmes. Il englobe la technologie, l’industrie, la société, la culture, le tourisme et la mobilité, plaçant ainsi les conférences de ce type au cœur de la mission de la FIVA en tant qu’organisation mondiale de préservation du patrimoine.
Se tourner vers l’avenir, c’est aussi préserver ce qui a déjà été découvert, documenté et appris, et rendre ces connaissances accessibles aux générations suivantes.

Une conférence fondée sur l’amitié et la coopération
Au-delà de la richesse de son programme, la conférence s’est distinguée par une atmosphère chaleureuse, empreinte d’amitié et de coopération, à laquelle le cadre de Lillehammer et les paysages norvégiens ont pleinement contribué. Elle a rappelé avec force que la préservation du patrimoine automobile concerne non seulement les véhicules, les évolutions techniques et les archives historiques, mais aussi les personnes et les liens qui font vivre ce patrimoine.
La FIVA adresse ses sincères remerciements à tous les participants, intervenants et bénévoles ; au président de la LMK, Carl Harbitz-Rasmussen, ainsi qu’à toute son équipe ; et au Musée norvégien des routes pour son accueil et son soutien.
La réussite de la conférence tient à la rencontre, sur un pied d’égalité, de personnes de différents pays, institutions et horizons, unies par leur curiosité, leurs connaissances et leur passion pour l’histoire automobile. C’était précisément l’esprit souhaité par Anders Ditlev Clausager et Thomas Ulrich lorsqu’ils ont créé cette conférence.
L’aventure se poursuit en Slovénie
Lors de la séance de clôture, Nataša Grom Jerina a annoncé que la prochaine Conférence paneuropéenne sur l’histoire automobile devrait se tenir en Slovénie en 2028.
Les préparatifs et les premiers échanges ont déjà commencé. Les participants, les organisateurs et les amis de la conférence rassemblent des idées pour que la prochaine rencontre rende un hommage à la hauteur d’Anders et de Thomas et célèbre le remarquable héritage qu’ils nous ont laissé.

La conférence en Slovénie représentera donc bien plus qu’une nouvelle édition d’un événement international couronné de succès. Elle prolongera leur vision : un lieu accueillant où chercheurs professionnels et historiens amateurs se rencontrent sur un pied d’égalité, où les connaissances se partagent généreusement, où de nouvelles amitiés se nouent et où le respect du passé nous aide à bâtir l’avenir.
Anders et Thomas nous ont quittés, mais la conférence qu’ils ont créée continuera de vivre, guidée par leurs valeurs, inspirée par leur exemple et perpétuée en leur mémoire.