Le 1er mars 2025, la FEMAAC (Federación Mexicana de Automóviles Antiguos y de Colección), fédération nationale autorisée de la FIVA au Mexique, a organisé un important symposium à Mexico. Intitulé « Qu’est-ce qui est d’origine ? Et qu’est-ce qui ne l’est pas… dans le monde des véhicules historiques », cet événement a mis en lumière un sujet essentiel : l'importance cruciale de l'authenticité et de l'originalité dans la restauration et la préservation des véhicules historiques, abordée sous un angle international.
Le symposium a adopté un format hybride, combinant une assistance locale nombreuse et une diffusion en direct à l’échelle mondiale via Zoom et Facebook. En plus d’une forte participation locale, des délégués et invités des États-Unis, du Brésil, de France, d’Inde, d’Iran, des Pays-Bas et d’Allemagne, entre autres, ont rejoint l’événement.
L’événement s’est structuré en trois sessions distinctes, débutant par les remarques d’ouverture du maître de cérémonie, M. Pedro Sarda, Directeur de la Culture et Délégué de Puebla, Tlaxcala et Veracruz de la FEMAAC. M. Sarda, commentateur régulier à la radio, dans la presse et à la télévision sur des sujets allant de l’histoire à l’art et à la collection automobile, a fait preuve de son expertise, de ses connaissances et de son professionnalisme dans son rôle d’animateur.

Après l’intervention de M. Sarda, Gerardo Garcia, Président de la FEMAAC, a chaleureusement accueilli les invités présents. Il a ensuite introduit le Président de la FIVA, Tiddo Bresters, qui, après quelques mots de bienvenue, a présenté son exposé intitulé « Authenticité et le Facteur X : Les aspects immatériels qui comptent ». La présentation du Président Bresters a offert une vue d'ensemble de la définition d'un véhicule historique par la FIVA, ainsi que son point de vue selon lequel l'originalité commence par la documentation. Le Président Bresters a ensuite proposé un système de points pour exprimer l'originalité/l'authenticité et a passé en revue les différents aspects du Code technique de la FIVA et de la Charte de Turin en ce qui concerne l'authenticité et l'originalité. La présentation a mis l'accent sur le fait que l'objectif sous-jacent de l'utilisation d'un véhicule est ce pour quoi il a été fabriqué, en d'autres termes son "authenticité conceptuelle", et le président Bresters' a fourni des informations uniques dans ce contexte, tant d'un point de vue professionnel que personnel.
La première session a officiellement débuté par une présentation en ligne de Laurent Heriou, Vice-Président de la Commission Technique de la FIVA, en direct de Paris. Intitulée « L’identité au service de l’authenticité », son intervention a proposé une vue d’ensemble complète de la version 2025 du Code Technique de la FIVA et des positions de la FIVA sur des questions telles que l’originalité, les modifications, les répliques et d’autres thématiques connexes. M. Heriou a particulièrement mis l’accent sur deux stratégies clés de la Commission Technique de la FIVA : la sécurité et l’environnement.
En ce qui concerne la sécurité, il a rappelé la position de la Commission Technique selon laquelle « un véhicule historique configuré selon ses spécifications d’origine et bien entretenu peut, en lui-même, être une garantie de sécurité ». Sur la question environnementale, il a souligné que, bien que l’impact des véhicules historiques soit minime, l'utilisation de nouvelles technologies comme les biocarburants et les e-fuels est actuellement en cours d’examen. La session s’est poursuivie par une série de questions-réponses où le public a soulevé plusieurs questions techniques essentielles sur un large éventail de sujets liés à l’originalité, à la restauration et à la préservation des véhicules historiques.
Après l’intervention de M. Heriou, Fernando Mangino, Président du Mercedes-Benz Club du Mexique, a pris la parole avec une présentation intitulée « Préservé vs Restauré : Quand prendre la décision ? ». Il a abordé plusieurs problématiques, mettant particulièrement l’accent sur le dilemme entre la rentabilité et la restauration, affirmant que « une voiture sauvée est une voiture préservée pour l’histoire, peu importe son état initial ». Le critère clé de son intervention était d’identifier la frontière subtile entre la capacité à préserver un véhicule dans son état d'origine et le moment où une restauration devient inévitable.
Après une courte pause, M. Miles Collier, fondateur du REVS Institute en Floride, a présenté son exposé intitulé « Authenticité, Originalité et Véhicules Historiques : Un Examen Critique », explorant l’intersection de ces concepts. Son intervention a notamment porté sur les transformations physiques naturelles des automobiles au fil du temps et les identités multiples qu'elles assument au cours de leur existence. La présentation a également abordé les implications philosophiques de la restauration et de la reproduction, ainsi que les défis épistémologiques liés à la définition de l’authenticité d’un véhicule. Le public a réservé à M. Collier une standing ovation à la fin de son intervention.

Après la pause déjeuner, la troisième session du symposium a débuté avec une présentation du célèbre collectionneur automobile brésilien Malcolm Forest. Artiste aux multiples facettes, M. Forest est un compositeur de musique classique et pop récompensé par un disque d’or, mais aussi un acteur actif dans le cinéma, les documentaires et la production télévisuelle. Il est également un fervent défenseur des causes environnementales et de la préservation du patrimoine historique.
Son intervention, intitulée « Redonner de la beauté à la bête », était un récit personnel retraçant son parcours dans la restauration de véhicules d’exception à un niveau concours d’élégance. Il a notamment partagé son expérience sur la restauration de plusieurs modèles uniques, dont une BMW 327-8 de 1939, une Mercedes-Benz 170S de 1951, ainsi qu’une Graf & Stift S3 D’Orsay Cabriolet de 1924, un modèle unique en son genre. En tant que spécialiste d’Isotta Fraschini, M. Forest a également évoqué son expérience en tant que propriétaire de l’Isotta Fraschini Sedanca de Ville, carrossée par Cesare Sala, un véhicule au passé singulier, ayant appartenu successivement au Raja de Kotwara puis à Peter Grant, le manager de Led Zeppelin.
M. Forest a été suivi par Mathias Heyer, un expatrié allemand ayant fondé et dirigeant un atelier de restauration réputé au Mexique.
Dans sa présentation intitulée « Restauration, préservation ou réplique – Qu’est-ce qui définit l’originalité ? », M. Heyer s’est appuyé sur son expérience directe pour illustrer la frontière parfois floue entre réplique et restauration. Il a pris comme exemple plusieurs projets qu’il a menés pour des clients souhaitant recréer des véhicules disparus, comme la célèbre AMG ‘Red Pig’.
La dernière session du symposium a pris la forme d’une table ronde, intitulée « Perdu dans la traduction : les défis des multiples langues », animée par le maître de cérémonie Rene Loza. Cette discussion s’est concentrée sur la façon dont les terminologies utilisées dans le monde des véhicules historiques peuvent prendre des significations très différentes en fonction des langues.
Le premier intervenant, Gautam Sen, Vice-Président Émérite de la FIVA, a mis en avant le travail mené par la FIVA pour établir un index des termes techniques, une tâche particulièrement complexe en raison des subtilités linguistiques. Auteur et journaliste reconnu, M. Sen a expliqué que même au sein d’une seule langue, les contradictions et ambiguïtés peuvent être nombreuses, et que ces difficultés ne font que s’amplifier lorsqu’une traduction est nécessaire.
Il a été suivi par Ramin Salehkhou, Vice-Président de la Communication de la FIVA, qui a illustré l’impact des différences de terminologie. Il a souligné que même un mot unique en anglais pouvait avoir plusieurs interprétations, citant en exemple le terme « replica ». Il a expliqué que la FIVA en donne une définition spécifique, alors que la législation américaine l’emploie dans un sens presque opposé.
Le troisième intervenant, Jose Servin, Vice-Président de la FEMAAC, a quant à lui exprimé son point de vue selon lequel l’« originalité » doit être interprétée dans le cadre de ce que le propriétaire d’un véhicule considère comme étant authentique.
Enfin, Rene Loza, spécialiste de l’industrie automobile, a fait part de son inquiétude concernant la préservation d’une terminologie homogène sur le long terme. Il a souligné que même si un consensus était trouvé aujourd’hui, il n’y avait aucune garantie que cette cohérence résisterait aux évolutions des générations futures.
À l’issue de ces présentations, la table ronde a donné lieu à un échange dynamique, mêlant débats constructifs entre les intervenants et interactions animées avec le public.

Text and pictures by Ramin Salehkhou